Qu’est-ce que l’emprise et comment s’exerce-t-elle ?

L’emprise s’inscrit dans un mécanisme « agresseur-bouc émissaire-spectateur », bien que les trois protagonistes puissent passer l’un et l’autre par les trois rôles psychologiques du triangle dramatique. J’utilise ici les termes « persécuteur » et « victime » en tant que rôle social, institué par la situation d’emprise.

 

Le processus d’emprise se déroule en trois phases :
Etape 1: Appât + effet de surprise
Etape 2: Echanges persécuteur / victime => Discrédit et doutes
Etape 3: Amendement + coup de théâtre + moment de stupeur

 

emprise-pnPremière phase :
L’agresseur accumule des frustrations, tentant vainement d’en contrôler l’expression. Il en résulte une attitude un peu plus « sérieuse » que d’habitude, silencieuse, perplexe, distraite, nerveuse, préoccupée, mauvaise humeur, transpiration, insomnie, augmentation du rythme cardiaque, énervement… S’y associent en général dans son chef des ruminations : c’est comme si la personne se passe mentalement une « cassette mentale qui égrène sans fin une litanie de plaintes » sur l’autre, responsable de tous ses maux (je me sens mal, c’est de sa faute).
La victime (quelqu’un d’apparence solide, perfectionniste, qui s’investit beaucoup dans son travail, capable d’une loyauté importante dans ses relations et de ne pas commettre de comportement préjudiciable pour autrui) ressent un « froid » dans l’attitude de l’agresseur, sans recevoir les clés pour comprendre les raisons. Concrètement, les choses lui sont dites sans être dites sous formes de pressions diverses avec déni des reproches ou des conflits. Généralement, elle tente de parler de son impression à l’agresseur qui refuse de reconnaître les choses et de donner les clés (déni). La victime continue alors seule à chercher où elle a commis une erreur jusqu’à ce qu’elle finisse par en commettre une réellement et apporte des preuves à l’agresseur.

 

Deuxième phase :
La situation est d’emblée inégale.
L’agresseur prend l’initiative et engage un duel verbal avec détermination sans vérifier la disponibilité et sans annoncer l’objectif. La victime est prise par surprise. L’agresseur désarme son interlocuteur en prouvant qu’il est en tort ou responsable de l’attitude même de l’agresseur, en livrant un procès d’intention, en mettant en doute ses capacités, en revenant sur des faits anciens, en exagérant un fait limité… Des accès de colère disproportionnés face aux événements peuvent se produire. Sous forme par exemple de réveil
en pleine nuit, humeur noire, insensibilité, départs précipités et prolongés, irruption intempestive dans le bureau, rétrécissement du champ de la conscience, concentration sur des actes très concrets sans perspective d’avenir…
Sous l’effet de la surprise et de l’indignation, le plus souvent, la victime stupéfaite est comme figée, immobile et incapable de se défendre ou de retrouver ses idées. Ceci l’empêche d’ajuster son attitude et d’agir pour dissoudre la manœuvre. Lorsque l’agression se fait devant témoins, ceux-ci sont souvent sous l’effet de la surprise, également muets, passifs ou de connivence. Ceci ne fait que renforcer chez l’otage la sensation de doute et une solitude cuisante. La victime entre alors dans une phase d’isolement : d’une part elle s’isole dans le but de « voir clair » et d’autre part, elle est activement isolée par l’agresseur, soit physiquement (changement de bureau, refus de rencontrer les amis, en excluant du groupe par manque d’informations, non invitation à des réunions de travail…) soit moralement (rivalités, jalousies …).

 

Troisième phase :
Un changement de ton se produit chez l’agresseur (regrets, remords, promesses, comportement séducteur, prétexter qu’il s’agissait d’humour, déni total ou partiel de ce qui s’est produit ou de ce que l’autre a vécu). L’agresseur fait appel à des tiers dans une recherche d’alliés, pour plaider sa cause auprès de l’agressé et le ramener « à la raison ». Il s’en suit un nouvel effet de surprise chez la victime qui se disant « Ouf ! C’est passé » se met à croire. Si la victime accepte de croire que l’amendement révèle la vraie nature de l’agresseur et de se rallier à son point de vue, le cycle peut recommencer.

 

Du point de vue de l’agresseur
Paradoxalement, il se vit comme une victime perpétuelle parce qu’il se sent envahi par celui qu’il envie et dont il ne peut se passer. La défiance le gagne et l’autre est perçu comme malveillant: même la gentillesse, perçue comme de l’hypocrisie ou de la provocation, constitue une menace. Il fait alors subir à l’autre ce qu’il cherche à éviter pour lui-même: semant flou et incertitude, il annule l’autre et en le rendant responsable de tout sans remise en question.
La dévalorisation, défense d’un moi fragilisé, ne vise pas à détruire mais à soumettre peu à peu la victime: la tenir à distance tout en la gardant à disposition rassure le persécuteur et mine la victime.

 

Du point de vue de la victime…
La victime, quant à elle, nourrit l’espoir erroné que la gentillesse, la transparence, la tolérance finiront par trouver écho et adouciront l’agresseur.
Or c’est l’inverse qui se produit : si quelqu’un cause un tort à autrui qui en retour se mmanipulation perverse narcissiqueontre bon, c’est d’autant plus difficile à supporter en raison du sentiment de culpabilité. Il arrive alors fréquemment que pour s’en défaire, l’agresseur dévalorise la victime : « s’il a moins de valeur, mon acte est moins dommageable ». Si on se sert d’elles, ce n’est pas pour cela que ces personnes sont désireuses de « jouer » : elles ne présentent pas de faille particulière de la personnalité qui les amène à être maltraitées et à s’enfermer dans une relation violente. La configuration même de la relation suffit à expliquer le piège. L’un envahi par la peur simultanée d’être abandonné et englouti, met en place un système d’emprise. Le partenaire par sa transparence donne trop à voir, suscite l’envie et offre des clés pour les agissements à ses dépens.

 

C’est l’attitude de la victime face à son agresseur qui peut être féconde ou la transformer en victime passive.
A la suite de tout empiètement de son territoire physique ou psychique, la victime ressent un malaise, sorte de confusion confuse venant de l’impression que quelque chose de grave se produit sans se sentir armé pour clarifier les choses. Si la personne n’arrive pas à agir sans complaisance et sans animosité, elle se mue en victime passive: violence égale, violence plus forte ou soumission (réagir sans réagir).

 

Source : Véronique Sichem, psychothérapeute
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5 réflexions sur “Qu’est-ce que l’emprise et comment s’exerce-t-elle ?

  1. En lisant les articles il y a toujours des situations vécues qui me reviennent en mémoire. Voici quelques illustrations, qui peuvent aider ceux qui doutent ou ignorent encore:
    Apres une grosse crise pendant laquelle ma BM ( père remarié avec elle durant ma petite enfance) s’est bien défoulée sur moi, alors que je la confronte à la violence qu’elle me fais subir me répond « oh mais ca n’est que des paroles! Et les paroles, le vent les envole!  » d’un ton léger et deconnecté de ces moments passés. Dans l’oubli, le déni total. du coup il n’y a pas de culpabilité, remise en question,… Ca n’est JAMAIS leur faute.
    Et paradoxalement ils nous poussent à la faute. (Identification projective, suggestion, hypnose, etc…) . Grandir avec un parent pn c’est s’entendre dire h24 qu’on est mauvais, qu’on est le mal, qu’on est le diable, etc… Comme un vieux disque rayé qui ne prend jamais fin.
    « Fait appel à des tiers » : flagrant avec mon ex pn. 1ère grosse dispute (javais parlé de le quitter mais je ne l’avais pas fait, il m’aura fallu plusieurs coups d’essai) ne voila til pas que son ami insiste pour me parler des heures au téléphone ( échange qui n’a pas eu lieu jai refusé). Idem avec mon père qu’elle envoie en bon soldat auprès de moi pour continuer sa besogne à distance, sans parler des sœurs et tantes oncles etc… Pilottés a leur tour, un vrai chef d’orchestre. Par contre dans le cadre de la BM, elle n’envoie pas de tiers pour tenter de me « reccuperer » ( ca c’est la configuration Couple), non, elle envoie des micro projectiles. Mon père viendra exiger de ma part que j’aille lui présenter excuses et compagnie car suite à TON attitude d’hier, elle a passée une horrible nuit! ( mais bien sur…. C’est beau de rêver….), mes sœurs et tantes c’est réflexions sur reflexions quand elles me croisent (avec un discours qui prouve qu’elles ont une vision tres déformée de moi, résultat des diffamations et bourrage de crâne qu’elle fait a mon entourage)
    Et il y aurait tant à dire encore…. A bientot, je poursuis la lecture

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  2. votre article me rend perplexe. moi aussi je me retrouve à la fois dans le rôle de victime et celui d’agresseur c’est possible que l’on se transforme en PN nous même au lieu d’en rester simple victime ?

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    1. Un excellent manipulateur est celui qui arrive à vous tuer sans laisser aucune trace. Il retourne la situation contre vous parce que vous ne vous connaissez pas donc vous êtes incapable de reconnaître la manipulation.

      Vous êtes « gaslightée », du titre d’un film de 1944 « Gaslight », dans lequel un mari vénal persuade sa femme qu’elle devient folle en intervenant sur sa perception de la réalité = il déplace des objets puis lui fait croire qu’elle perd la mémoire, il lui dit qu’il est à un endroit alors qu’il est à un autre, etc. Tout ça a pour but de vous convaincre que vous êtes le bourreau et lui, la victime ou que du moins, les rôles sont flous, il n’est pas aussi manipulateur.

      Bref, prenez du recul. Demandez-vous si vous êtes vraiment heureuse, respectée, en sécurité avec cet individu. C’est la seule question importante. Laissez-le dans ses intrigues.

      Vous faites comme vous voulez, bien entendu, mais sachez que vous n’êtes pas la seule (loin de là !) et que le mode opératoire est toujours le même.

      Bon courage !

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      1. bonjour scarlett

        Un excellent manipulateur(trice) est celui ou celle qui arrive à vous tuer sans laisser aucune trace .

        En vous poussant jusqu’au suicide , je n’ai jamais compris pourquoi elle m’a sauver la vie ce jour la , a t’elle réalisé que sa violence psychologique et sont harcèlement moral avait était trop loin avec moi , ou était ce juste pour voir jusqu’ ou sont emprise sur moi pouvais m’emmener ????

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