[Témoignage] Ambre, 17 ans : « Un jour, je me suis levée avec l’envie de me battre pour moi et personne d’autre. »

Je souhaite une bonne rentrée à tous les lecteurs du blog !

Voici le témoignage d’Ambre, une toute jeune fille de 17 ans et déjà beaucoup de maturité après avoir fait la terrible expérience de la perversion narcissique dans un contexte sentimental. Merci à vous, Ambre, pour ce témoignage courageux et le recul exemplaire dont vous avez su faire preuve pour vous sortir définitivement des griffes de ce triste sire.

Je trouve ce récit particulièrement intéressant, non seulement en raison du jeune âge d’Ambre, mais surtout parce qu’elle raconte très bien ce moment où l’on se dit « C’est lui ou moi ». Il y a toujours un point de rupture où il devient impossible de nier la vérité de l’enfer que l’on vit avec le pervers narcissique.

Notre instinct de conservation se réveille et nous intime l’ordre de fuir, très loin et de ne jamais nous retourner. C’est grâce à sa capacité de révolte et de colère qu’Ambre a pu réagir avant qu’il ne soit trop tard, d’autant plus que la violence était déjà bien installée dans le couple et que les menaces se faisaient sur la vie d’Ambre.

Voyez-vous, à ce stade, il est vital de préserver le no contact. J’insiste sur ce point car il peut permettre de sauver des vies donc lisez et relisez bien ce qui suit :

  • Si vous brisez le no contact avec un prédateur, suite aux menaces qu’il profère contre vous en personne (puisque vous êtes sensé avoir coupé tous les autres moyens de communication), alors c’est là que vous êtes réellement en danger (de mort si c’est ce que le prédateur vous promet).
  • Maintenir le no contact est comme ériger un mur invisible entre le prédateur et vous. C’est ce qui va vous protéger, en plus du dépôt de plainte auprès des forces de l’ordre.
  • En brisant le no contact, vous donnez inconsciemment votre autorisation au prédateur pour qu’il poursuive son harcèlement. Il interprète TOUTE RÉPONSE ÉMOTIONNELLE de votre part comme un « OK », comme un feu vert, comme un signe de contrôle sur vous. Même si vous pleurez, même si vous lui criez dessus, même si vous lui dites de vous laisser tranquille, c’est la même interprétation.
  • Les prédateurs n’ont PAS DU TOUT LA MÊME INTERPRÉTATION DU MONDE que vous et moi. Toute réaction de votre part est bonne à prendre. Pensez-y la prochaine fois que vous voudrez exposer votre « façon de penser » à un être qui, de toute évidence, a décidé de vous pourrir la vie.
  • Les prédateurs craignent votre INDIFFÉRENCE qui les renvoie directement à l’angoisse de mort qui les anime en permanence. Ils sont déjà morts à l’intérieur d’eux, raison pour laquelle ils cherchent à anéantir toutes les forces vives de leurs victimes. Vous pousser au suicide les aide à se sentir vivants. Votre indifférence leur fait peur et c’est la seule attitude qui puisse les atteindre. Le jour où un prédateur comprend que sa victime est plus forte que lui, justement parce qu’il est devenu invisible et insignifiant à ses yeux, il est mis en échec et part.
  • La plus grande peur d’un prédateur est d’être invisible ou perçu comme tel.
  • Ne cédez pas à la pression. Un prédateur qui passe aux grands moyens pour accélérer votre destruction est en fait en train de tout tenter pour prendre votre contrôle. Il n’est pas en train de « perdre » le contrôle.
  • Maintenez le no contact. Je ne le répèterai jamais assez. Détachez-vous émotionnellement de sorte que même si cette personne est dans la même pièce que vous, que vous la voyiez comme un élément du décor, sans substance et sans effet sur vous. Ceci est la plus belle des revanches.
  • Les personnes qui arrivent à maintenir le no contact, quelle que soit la pression exercée sur elles, sont plus fortes que celles qui croient réussir à négocier avec un prédateur ou celles qui restent dans la sphère d’influence du prédateur en le jugeant sur les mêmes valeurs que les leurs. Un prédateur ne raisonne pas du tout comme sa victime, sinon il ne serait pas en prédation. Soyez fiers de votre no contact. Savoir se protéger est un grand signe d’intelligence et de préservation personnelle. Quand on est face à un danger, on doit se mettre à l’abri et certainement pas s’exposer.
  • Le prédateur n’a pas besoin d’être sauvé. Il ne le demande pas, d’ailleurs. Il vous demande juste de vous laisser tranquillement annihiler, de vous battre juste ce qu’il faut pour que le « jeu » ne soit pas trop facile non plus pour lui, de lui ouvrir votre psychisme afin qu’il puisse expérimenter sa toute-puissance en vous conduisant gentiment dans la folie et/ou la mort.

Restez vigilants !

separateur

Je m’appelle Ambre, j’ai 17 ans. Je faisais des recherches sur les pervers narcissiques quand je suis tombée sur votre blog.

Il y a 1 an et demi, j’ai commencé une relation avec un garçon de mon lycée et qui prend le même bus que moi, de mon âge. Il était différent, timide et plutôt solitaire, des points communs avec moi qui suis d’une timidité maladive et d’une trop grande gentillesse… donc on se comprenait facilement. Au début, tout se passait bien, on avait une grande complicité et je ressentais de l’amour véritable pour lui.

Mais au fur et à mesure, il ne supportait plus que je voie des amis et à chaque fois que je disais que je devais voir des proches, il disait du mal d’eux, me faisait culpabiliser. Je savais qu’il n’avait pas eu une enfance facile alors j’ai toujours fait en sorte de pas lui faire du mal, puis j’étais vraiment amoureuse.

Malgré ça, je n’ai jamais laissé tomber mes amis, ce qui donnait lieu à de nombreuses disputes les soirs. Il me répétait toutes les nuits qu’il souffrait, que je ne faisais rien pour lui, qu’il allait se suicider si je n’étais pas plus proche de lui.

Pendant des heures, je le rassurais, je voulais lui prouver à lui-même et à mes amis que c’était quelqu’un de bien.

Je prenais sa souffrance, sa colère que je plaçais en moi. C’était quelqu’un de très tactile mais pas moi, alors tous les matins dans le bus, on se disputait à propos de ça car pour lui, le fait de ne pas toujours le prendre dans mes bras était le signe que je ne l’aimais pas. Alors j’ai tout changé en moi, je ne disais rien, je ne dormais presque plus pour lui parler et l’aider, j’essayais de devenir comme il voulait. Mais plus je donnais et plus il demandait. J’étais sans énergie, en colère contre moi. Étant très sensible, je pleurais encore plus que d’habitude, surtout en rentrant chez moi

Les disputes se sont intensifiées jusqu’à me faire insulter. Quand on se voyait tous les deux, il devenait agressif, en jetant des objets autour de moi. J’avais peur de lui mais je restais calme. Il s’excusait, m’offrait des cadeaux et me répétait sans cesse qu’il m’aimait.

Je voyais en lui quelqu’un qui avait besoin d’aide et pour qui j’aurais tout fait. J’avais besoin de lui à mes côtés, alors je pardonnais.

Mes parents ne voulaient pas que je le voie seule, alors j’attendais d’être seule pour le voir. Il le voulait que je mente, pour lui c’était normal… pas pour moi. Je veux être quelqu’un de bien. Mais je savais que si je refusais, il allait me dire du mal et je ne voulais pas le décevoir. Alors je suis devenue une personne que je haïssais par-dessus tout. Je me détestais, me rongeais les ongles jusqu’au sang.

Un après-midi, il est devenu violent parce que je refusais d’avoir ma première relation sexuelle. Le jour d’après, je l’ai quitté. Il s’est excusé en disant qu’il ne recommencerait plus, moi je passais mes journées à me dire que je l’ai laissé tomber et que je n’étais pas normale de ne pas accepter de relations sexuelles. Je me suis remise avec lui.

La rentrée est arrivée, avec les mêmes disputes, le harcèlement par messages, la honte de moi-même, les excuses tous les soirs, mes mensonges envers tout le monde, ma peur, l’impression de n’être plus rien, la boule au ventre tous les jours, mon amour de plus en plus fort. J’avais enfin l’impression de valoir quelque chose pour quelqu’un, même si je souffrais. Il me disait que j’avais réussi à le rendre heureux. Puis j’ai lu une phrase : « Quelles que soient les difficultés, si vous croyez en quelque chose, battez-vous ». Alors c’est ce que j’ai fait.

J’ai le défaut de ne voir que le positif dans chaque personne.

Car il en a, j’étais la seule à le voir. Il était fidèle, mystérieux, différent, protecteur. Dans ses beaux jours, il était drôle, attachant. Pour moi, c’était quelqu’un qui avait besoin d’un repère, d’une oreille attentive toujours là pour lui. Je pensais qu’il déchargeait sa colère sur moi parce qu’il l’avait contenue trop longtemps.

Deux semaines après la rentrée, lors d’une dispute, il m’a lancé une pierre, elle a frôlé mon visage. Je n’ai pas bougé, traumatisée par la scène.

Je ne lui ai rien dit, pensant que je le méritais en raison de mes nombreux refus de le voir.

C’est à partir de ce moment que j’ai fait une dépression. Je voyais le mal partout, sauf en lui, la nourriture me donnait envie de vomir, je n’arrivais plus à me regarder dans un miroir, le peu de confiance en moi s’est envolé, je suis devenue une ombre. Plus rien ne m’intéressait. A côté de ça, je faisais la psychologue à de nombreux amis qui n’allaient pas bien, les gens se moquaient de moi, je baissais la tête devant tout le monde.

Mes notes ont baissé jusqu’à que je devienne la dernière de la classe, la fille faible, naïve et inutile. Mon copain m’a quittée parce que je n’allais pas bien, j’ai été anéantie.

Je suis revenue vers lui au bout d’une semaine, il était essentiel pour que je tienne. Il s’est remis avec moi mais m’a menacée de me frapper si je continuais à être timide. Et bien sûr, il s’est excusé le jour d’après. Lors des vacances d’octobre, sa mère me harcelait aussi de messages, elle trouvait ça ignoble de ma part de ne pas venir le voir. Mais j’étais morte de peur. Une partie de moi voulait être à ses côtés, une autre partie me disait de le quitter à tout prix avant de tomber encore plus bas.

Pendant 4 mois, j’ai retourné toutes les possibilités dans ma tête, mais le voir dans le bus et en ayant les mêmes amis donc entendre son prénom tous les jours a rendu impossible le fait de me résoudre à le laisser partir. On avait passé des bons moments, je ne comprenais pas pourquoi je n’aurais pas le droit d’être avec la personne que j’aime alors que mes amis eux pouvaient être en couple. Alors j’ai doublé mes forces, ma patience, j’ai essayé de le comprendre, d’être plus tactile. J’ai remarqué qu’il était alors plus calme, que ses colères étaient moins fréquentes. Et j’étais plutôt contente de mon changement.

Ça faisait 1 an pile que l’on était ensemble. Et puis, un soir j’ai compris qu’il ne m’avait jamais respectée. Je l’ai quitté le jour suivant.

Il m’a envoyé 500 messages en me disant que ce serait de ma faute s’il se suicidait. Il a menacé de faire de ma vie un enfer. Dans le bus, il enlevait mes écouteurs et me disait les choses les plus ignobles que l’on peut dire à une fille. Je n’ai pas bougé, mon frère n’a rien fait pour qu’il arrête. Je me suis sentie humiliée, salie. Il a menacé mes amis aussi, j’ai compris que si je ne me remettais pas avec lui, il allait les faire souffrir aussi.

Il a emporté un couteau au lycée, en disant qu’il voulait me parler seule. je savais que j’étais en danger alors je suis allée chez le CPE (Conseiller Principal d’Éducation) et j’ai porté plainte.

J’ai raconté toute l’histoire, c’était le jour de mon anniversaire. J’ai pleuré pendant des heures, c’était des larmes de honte, de colère. Je n’en pouvais plus. La culpabilité d’avoir porté plainte m’empêchait de manger, je n’allais plus au lycée. Je ne voulais voir personne.

Un jour, je me suis levée avec l’envie de me battre pour moi et personne d’autre.

J’ai donc décidé de prendre ma vie en main, je suis allée voir une dame spécialisée dans les relations violentes au-niveau psychologique et physique. J’ai pris du recul sur la situation au fur et à mesure. Bien sûr, le voir tous les jours ne m’aidait pas mais je tenais. Ses amis venaient me voir pour que je lui parle car il n’allait pas bien. Mais je ne l’ai pas fait. J’ai bientot 18 ans, un bac à avoir, un avenir à construire, une confiance en moi à développer. Ce sont maintenant mes seuls objectifs, que je sois fière de moi. Puis la colère a pris le dessus, je ne supporte plus que les gens me touchent, je suis froide, imprévisible quelques fois.

Avant j’étais une jeune fille enfantine, qui voulait changer le monde et qui voyait le bien partout où j’allais. Maintenant je doute de tout ce qui m’entoure, j’ai grandi trop vite d’un coup. J’ai l’impression d’être tombée de 30 étages. Le plus dur, c’est de continuer à aider les gens en étant en colère sans cesse. Mais je me suis promis d’y arriver, car j’aime aider les personnes.

Je sais que je mérite mieux que ce que j’ai vécu.

Je pense que la vraie force, c’est que je reste moi-même au lieu de changer sous l’influence la colère. Je suis chanceuse d’avoir été soutenue par mes parents et ma meilleure amie, car je sais que certaines personnes n’ont pas eu cette chance… C’est pour cela que je serai plus attentive aux gens qui m’entourent pour qu’ils ne subissent pas la même chose.

Je vous remercie infiniment pour votre blog, de votre aide que vous apportez à toutes ces personnes victimes de pervers narcissiques.

Ambre

Crédit photo : Christian Schloe

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2 réflexions sur “[Témoignage] Ambre, 17 ans : « Un jour, je me suis levée avec l’envie de me battre pour moi et personne d’autre. »

  1. Quelle belle prise de conscience ! La seule qu’il vous faut preserver pour sauver votre avenir ! Oui, cela fut douloureux ! Oui, vous en garderez des séquelles ( méfiance, interrogations ….?) mais c’est bien ! Cela vous a permis de grandir en quelques mois ( vous êtes si jeune) et de vous épargner la suite sans souffrance ou, à tout le moins, en toute conscience ( si vous replongez, c’est votre problème à vous, à un moment !) ! Je vous souhaite vraiment d’aller au bout de votre chemin. Soyez vous-même toujours, interrogez-vous, toujours sur le bonheur que vous méritez. Sans égoïsme mais avec une vraie vision de vos valeurs à vous…. Qui méritent sans doute beaucoup mieux que ce que vous vivez ! Parole d’une vieille victime de PN ( 30 ans) …. Si seulement quelqu’un m’avait dit cela a l’époque…..
    Eva

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