[Témoignage masculin] Alain : « Il me reste un terrible sentiment de m’être coupé en deux »

Voici le témoignage d’Alain, un homme qui a vécu 25 ans avec une femme perverse narcissique. J’encourage les autres hommes qui sont passés par là à partager leur histoire car malheureusement, leurs récits sont plus rares que les femmes victimes de pervers narcissiques masculins.

Alain décrit parfaitement le processus de dépersonnalisation qui est commun à tous ceux qui fréquentent des pervers narcissiques sur le long terme. Au bout de plusieurs années, le psychisme de la personne est complètement différent de ce qu’il aurait été dans des conditions d’existence sécurisantes. La personne subit une perte de repères spatio-temporels, une inversion de ses valeurs et une implantation de celles du bourreau (H/F).

La manipulation est évidente quand cette femme alterne les phases de destruction de l’estime de son conjoint, Alain, avec des phases de flatterie. Il s’agit de briser toute volonté de rébellion en jouant sur les failles de la proie (en l’occurrence ici, le besoin d’acceptation et de reconnaissance d’Alain). Le processus est de menacer implicitement la personne de lui faire subir ce qu’elle craint le plus, tout en lui faisant croire qu’elle peut changer cette situation en renonçant encore plus à sa personnalité pour se soumettre à la vision du bourreau.

Alain explique également la dissociation de sa propre identité pour faire face aux attaques perverses. Je l’ai écrit dans mon article sur les « aimants à pervers narcissiques » : la dissociation est un mécanisme de protection qui n’est pas sensé être utilisé sur le long terme donc si vous vous rendez compte qu’une tierce personne exerce une emprise sur vous (pas forcément avec le terme d’emprise mais si vous ressentez une forme de « contrôle », que vous n’êtes plus tout à fait vous-même, que vous avez peur de quitter une personne/relation), renseignez-vous et fuyez. Ne pensez pas que rester plus longtemps pourra sauver la situation…

Il est important de réaliser que quand on aime une personne, on n’a pas à sentir une « impossibilité » de partir.

Avoir une certaine « peur » modérée peut être normal dans une relation amoureuse mais si cela se transforme en insécurité, si la relation devient subtilement une prison, que vos libertés sont réduites par vous ou une tierce personne, essayez de chercher une explication. Ne vous enfermez pas dans l’illusion de pouvoir changer l’autre, cela n’arrivera pas et le réveil sera douloureux.

Voir aussi :

Les 9 drapeaux rouges d’une relation toxique et/ou perverse narcissique

Comment identifier un pervers narcissique en 20 traits

Les femmes perverses narcissiques

Restez vigilants !

separateur

J’ai vécu 25 ans avec une PN et j’ai eu 2 enfants avec elle. Lors de notre séparation, qu’elle a provoquée, je me suis aperçu que j’étais mal depuis de nombreuses années. Mais je ne voulais pas le voir, je me cachais que ma femme pouvait être « nocive » pour moi. Elle avait des problèmes relationnels avec ses parents, elle accusait sa mère (peut-être pas à tort) de son mal-être. Je voulais l’aider, j’étais plutôt conciliant et bienveillant vis-à-vis d’elle.

Mais dans notre relation, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas pour elle. Lors de la naissance de notre premier enfant, elle m’a rejeté en tant que père et alors qu’il avait deux mois, elle voulait déjà me quitter et elle a cherché à trouver un amant (elle écrivait un journal qui relate cela). Nous en avons discuté et nous avons mis cela sur le compte de la déstabilisation de notre couple par la naissance de cet enfant.

Je n’étais jamais assez bien pour elle, je ne faisais jamais les choses comme il fallait, elle me dénigrait, tout en étant mielleuse parfois quand je commençais à émettre des doutes. J’étais dans l’incompréhension mais ses parents étaient toujours là pour me trouver une excuse. Elle a mis ses parents sous curatelle, je me suis aperçu du mépris qu’elle avait pour eux.

« Ils sont misérables » disait-elle avec une certaine jubilation.

Puis c’est devenu à mon tour d’être la cause de tous ses tourments. Je ne voulais pas le voir, j’étais parfois conscient de cet état mais je préférais rester dans le déni, c’était plus confortable pour moi. J’étais, je pense, devenu dépendant d’elle, j’avais peur d’être rejeté, je n’ai pas cette sensation, qui est décrite dans les autres messages, d’avoir peur d’être abandonné ou de la solitude, je l’étais déjà.

J’avais perdu tout sens critique au travers de ces années ainsi que toutes sensations, la réalité c’était elle qui la détenait, je ne voulais plus voir ma réalité.

Elle me trompait (elle me le cachait), et à chaque fois que je lui faisais remarquer une attitude particulière (plus d’alliance, retour des magasins vers 20h alors que ceux-ci étaient fermés depuis de longues heures), elle me reprochait d’empiéter sur sa liberté ou trouvait des excuses qui me culpabilisaient.

Je me suis aperçu que j’entretenais ses mensonges, sa réalité et que je ne voulais plus voir la mienne, j’en oubliais ma mémoire. Quand je voulais me rappeler d’une date ou d’un événement, je lui demandais. J’étais complètement sous sa domination. C’était en fin de compte plus supportable pour moi que de m’avouer cette situation.

Je pense qu’il est important d’accepter la réalité, ses sensations. Cette peur du rejet pour moi est plus lointaine que ma relation avec ma femme. Elle était déjà présente avec mes parents qui s’occupaient peu de moi même si j’étais dans un univers aimant.

Il me reste, aujourd’hui, de ces années avec cette femme, un terrible sentiment de m’être coupé en deux, un côté qui voyait ce qui se passait et un autre qui a pris le déçu qui occultait pour continuer me sentir aimer…

Alain

Crédit photo : Victoria Kenna

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6 réflexions sur “[Témoignage masculin] Alain : « Il me reste un terrible sentiment de m’être coupé en deux »

  1. Bonsoir Alain, depuis combien de temps est elle partie, pour quelle « raison » (si tant est qu’il y aie une logique à leur comportement!), et comment vous sentez vous aujourd’hui?Je vous envoie tout mes encouragements pour votre reconstruction.

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  2. Comme tu le dis, le problème remonte plus loin que la rencontre avec le PN, le Pn n’en est que le révélateur. Cette fameuse peur de ne pas être aimée, moi aussi je le vivais, coupée en deux, une partie qui voit, qui sent, qui cogite, qui cherche des excuses à l’autre pour ne pas voir…l’autre partie, l’enfant, qui est tétanisé à l’idée de se faire à nouveau abandonner ! Toute la guérison repose sur l’enfant intérieur, en prendre soin tous les jours, encore et encore, jusqu’à ce que la douleur ait disparu et qu’on se sente enfin fort et stable !

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    1. Ah oui, Françoise !

      Ce n’est pas le pervers narcissique qui engendre sa victime (enfin, sauf dans le cas d’un parent PN). Il sert de révélateur de failles existantes. Il creuse en profondeur dans la tête de ses proies et déterre des cadavres dont on ne soupçonnait même pas l’existence.

      Guérir l’enfant intérieur, comme tu le dis, ma chère !

      Aimé par 1 personne

      1. Les enfants de PN pratiquent eux aussi la dissociation sur une longue durée (sans s’en rendre compte tant qu’ils sont enfants, évidemment) c’est une façon de survivre et de donner du sens à ce qui n’en a pas; en effet comment un enfant peut il admettre et comprendre que son parent ne l’aime pas???
        Mais Scarlett a raison de souligner que sur la durée la dissociation est néfaste pour le psychisme et produit des troubles: sensation d’étrangeté, d’irréalité, de n’être pas là, de n’être pas « normal », pas « comme les autres »…Fréquenter intimement un ou une PN , même si les raisons semblent nobles (protéger son enfant du PN par exemple), ou s’il n’y a pas d’autre solution (dans le cas d’un enfant, où pourrait il aller ailleurs que chez ses parents?), produit des troubles psychiques importants.En particulier trouble de d’identité, phobies sociales (dans mon cas).
        Pour ma part le salut était à l’extérieur (école, colonies de vacances, certains amis de mes parents…) plus tard à l’adolescence j’étais toujours dehors…
        dans le cas d’un conjoint de PN je suppose que cette dissociation produit des troubles aussi.

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  3. Lunapark, ta réflexion sur les troubles : sensation d’étrangeté, d’irréalité, de ne pas être normal, pas comme les autres, etc… vient de toucher un point que je n’avais pas encore relevé dans mon parcours de « guérison »… J’ai toujours le sentiment que les gens vont plus vite que moi, qu’ils comprennent toujours tout avant moi, j’ai l’impression de marcher au ralenti dans un monde de vitesse… En plus de ça, je me sens toujours « déplacée », « bizarre », en décalage avec les gens. J’ai du mal à trouver ma place, sauf avec mes amis très proches et quelques membres de ma famille. Je camoufle ça sous de l’humour à haute dose, je ris beaucoup en société et je passe pour la fille marrante mais à l’intérieur, je me sens tellement différente, dans ma façon de vivre, dans mes relations aux hommes (quasi inexistantes sur le plan amoureux) que j’en souffre intérieurement. Encore une piste à creuser, quoi !

    Alain, jusqu’à présent j’avais écouté (et lu) beaucoup de témoignages de femmes contre peu de témoignages masculins. C’est bien de nous avoir fait part de ton histoire, ça peut aussi aider d’autres hommes qui n’osent pas se dévoiler à franchir le pas… Les pervers ne sont pas seulement des hommes, c’est bien de remettre les pendules à l’heure car parfois, nous les femmes, on aurait (sans le vouloir) tendance à l’oublier. En tout cas aujourd’hui, même « abîmé » (comme nous toutes), tu es sorti des griffes de ta PN et tu peux te tourner vers l’avenir. Rien n’est plus beau…

    J’ai aussi noté ce que tu disais : « je n’ai pas cette sensation, qui est décrite dans les autres messages, d’avoir peur d’être abandonné ou de la solitude, je l’étais déjà. » Quand mes amis me demandent comment je peux autant apprécier de vivre seule depuis si longtemps (12 ans maintenant), je leur réponds toujours que je n’ai jamais été aussi seule que quand j’étais en couple. Alors ton sentiment m’est parfaitement familier… et après tout, on a aussi le droit de faire ce choix-là. Pas par peur de la vie amoureuse mais juste parce que c’est bon de ne plus se sentir en prison et de ne dépendre de personne.

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